SPÉCIAL PLAISIRS
BIEN POUR LE MALE
L'accès au plaisir est-il plus facile chez les gays? Pas si sûr... Tendres massages,
jeux épicés et conseils sexo vous ouvriront les portes de l'extase. Et pour commencer
Sylvain Mimoun, andrologue et sexologue, et Roger Francart, psychothérapeute
et sexothérapeute, réfutent quelques clichés sur la mécanique du plaisir gay.
PAR LUC BIECQ ILLUSTRATION JULES JULIEN
JE BANDE MOINS BIEN
Qui n'a
jamais connu de panne d'érection
est un vantard... ou un menteur. Car deux millions et demi de
Français ont la bandaison troublée. Sylvain
Mimoun reçoit des
hommes qui le consultent à ce sujet. Il leur rappelle qu'un rapport amoureux doit célébrer le temps de la stimulation, laisser la complicité se créer, même avec un toyboy de
passage. Pour lui, la consultation médicale est impérative, surtout après 40 ans, âge «où un léger grain de sable peut bloquer une belle mécanique», et parce que «la
simple réminiscence d'une panne peut mener à un blocage». Pour le sexologue, la panne la plus pénible survient en cas de nouvelle relation. Le désir est présent,
comme les sentiments, et ce qui devait être joyeux se fait
source d'inquiétude. Il faut le savoir, les
thérapies par la parole, la relaxation, les anxiolytiques,
parfois utiles,
donnent des résultats modestes. Pour le sexologue, les médicaments ont l'immense mérite de briser un cercle vicieux, celui de l'angoisse qui fait débander et de réinstaller
cette denrée qui est le sel du plaisir: la confiance en soi. «Même avec quelqu'un de jeune, les pilules brisent la peur de l'échec. »
Le Viagra, succès mondial, a été consommé par trente-cinq millions d'hommes depuis son lancement. Il inhibe une enzyme et accroît le flux
sanguin dans le pénis, ce qui provoque, en cas de désir, une érection. Il agit une heure après la prise. Un quart des utilisateurs a entre 30 et 50
ans. Côté psy, Roger Francart réfute l'idée que tout est forcément dans la tête, même s'il rappelle qu'une érection n'est pas toujours longue,
continue, parfaite. «Les gays doivent se méfier de l'injonction à bander, car elle fait débander. L'érection n'est pas un objectif, elle ne se
commande pas avec un déclencheur. » Côté pilule bleue, Roger Francart souligne l'intérêt de la « réassurance » qui soutient avec et après son
utilisation. Assurez vous bien que l'origine de la panne n'est pas liée à un problème hormonal ou organique ou encore à une pathologie comme
le diabète. Pragmatique, Sylvain Mimoun conseille d'avoir son Viagra dans sa poche plutôt que dans sa table de nuit. «Quitte à ne pas le
prendre. L'avoir sur soi peut suffire à rassurer. » Comme un talisman...
J'Ai DES FANTASMES DE PLUS EN PLUS HARD
Le porno amène certains gays à percevoir ces mises en scène comme une norme, ou un passage obligé. «Certains jeunes en déduisent que leur
partenaire attend d'eux ce comportement et l'adoptent, pas forcément par désir. » Loin de tirer à boulets rouges sur le porno, le docteur Mimoun
suggère d'en tirer parti, en couple : «Sans faire un menu, on peut apprivoiser son partenaire, poser des questions ouvertes, tendre des
perches... » Roger Francart établit lui aussi la nécessité pour chacun de développer sa culture sexuelle, en respectant la prévention: «La créativité
sexuelle renforce l'estime de soi, elle crée de la complicité. La découverte des zones érogènes, par exemple, demande de l'attention et du temps.
» Si les pornstars complexent, le sexothérapeute met le point sur l'essentiel : le plaisir sexuel s'inscrit dans une relation véritable, non mise en
scène. Faire l'amour, se connecter, ce n'est jamais considérer l'autre comme un gode vivant un outil de plaisir. Laissez donc les vedettes du X
dans leur monde factice et jouissez avec vos véritables amants !
J'AI DU MAL AVEC LA SODO
Lors d'un congrès international de sexologie, le célèbre sexologue a animé un débat intitulé : « Sodomie, le point de vue du proctologue »
II a attiré le public de tout le congrès. Il dit y avoir regretté que de nombreuses horreurs circulent sur la sodomie, sans aucune justification : «II
y a très peu d'obstacles physiologiques à la pénétration anale. » Son conseil ? Lancez-vous quand vous êtes en confiance, éperdu de désir.
Préparez le terrain, lubrifiez et allez-y doucement. Stimulez la verge en même temps, car dixit le sexologue, le plaisir est le meilleur antistress.
Roger le psy rappelle que notre société machiste condamne le geste. S'affranchir des clichés homophobes ne se fait pas par décret. Le prétendu
« actif » est valorisé. Ces termes-là, contestables, seraient à réinventer. Terry Sanderson, dans son Gay Kâma Sûtra, livre un bréviaire des
positions, avec notamment une position où celui qui se fait pénétrer chevauche l'autre assis sur une chaise, afin de contrôler la profondeur et la
vitesse. Les illustrations de ce livre, une ode au plaisir, ont ce qu'il faut de volupté pour capter l'attention.
LES PORNSTARS ME COMPLEXENT
Pour ce qu'elles ont entre les cuisses ? Sylvain Mimoun prend la mesure du problème : selon lui, un homme sur deux trouve sa verge trop petite !
«Quand je les reçois comme andrologue, si ce n'est pas le motif de consultation, un sur deux croit ne pas être gâté. » Syndrome dit du vestiaire?
«Oui, on imagine toujours que celle de l'autre est plus grosse», explique Sylvain Mimoun. Que leur dit-il ? Un truc très gay : « Vue de face et de
près, celle de l'autre paraît plus grosse, par effet visuel. » La verge au repos ne dit rien de la taille en érection et certains vivent très bien avec
leur minizigounette. «C'est la perception que l'on a de son propre corps qui est enjeu ici, pas la réalité. »
QUESTION FELLATION, JE MANQUE DE TECHNIQUE
Devenir le roi du pipeau demande un peu de théorie. Gérard Leleu, sexologue a écrit un livre entier sur la question, où il s'adresse aux femmes*.
C'est un poil macho, old school, mais aussi détaillé sur l'anatomie que... comique. Il conseille à l'officiant (débutant?) de glisser le gland entre les
gencives et les dents avant de faire un grand O. Il livre aussi d'astucieux conseils sur le massage prostatique qui peut accompagner la gâterie.
Pratiquez et posez des questions, vérifiez que ça fait du bien. Mieux vaut demander que faire le taille crayon.
JE N'Ai PAS DÉCOUVERT MON « POINT P»
Sylvain Mimoun préfère parler de «zone P». Il suggère de balayer la surface de la prostate avec un doigt bien lubrifié. Faut-il s'armer d'un jouet?
«Les sex toys conçus pour cette zone existent, il n'y a aucune raison de s'en priver, l'objet peut aider à débloquer.» Sébastien Bohler auteur de
Sexe et cerveau (éditions Aubanel) consacre quelques lignes à l'orgasme prostatique : «L'écoulement du sperme à travers la prostate et l'urètre
est à l'origine d'une partie du plaisir lié à l'éjaculation. Le massage prostatique procuré par la pénétration anale reproduit d'une certaine façon
cette stimulation. » Là encore, le tabou fait son œuvre. Pour Roger Francart, il faudrait, dans l'idéal, «dissocier le plaisir et l'image à laquelle il
renvoie». Est-ce si facile? Non, mais rien n'interdit d'y penser, car comme dit Roger, «même les hétéros s\ mettent, alors que certains gays
vivent mal le plaisir anal, condamné socialement et moralement». La «norme» et le plaisir n'ont jamais fait bon ménage, alors essayons de ne
pas les marier ! LB 'L'Art de la fellation, éditions Leduc. S., 6,90 euros.
LES HORMONES QUI FONT PARLER
Dans Sexe et cerveau (éditions Aubanel), Sébastien Bohler évoque l'état dans lequel on se trouve après I’ orgasme. La prolactine et l'ocytocine rendent détendu confiant. L'enképhaline, de la famille des morphines, nous attache au contexte et au partenaire. Ces enképhalines activent le système dit «opioïde» du cerveau. Faut-il comprendre qu'on a la déclaration facile? Oui! Ne promettez jamais le mariage tout de suite après le sexe.
TÊTU JUIN 2010